Lorsque j'ai vu des Sak Yant pour la première fois, j'ai tout de suite été subjuguée par ces dessins sacrés. Une force et une magie semblaient émaner de ces formes et de cette écriture ancienne.
Cette géométrie sacrée, empreinte de mysticisme, de tradition et de magie, ne m'a plus quittée. Il y a l'écriture, le khom, alphabet ancien réservé aux textes sacrés. Il y a la pratique elle-même, qui mêle bouddhisme, croyances venues de l'Inde et culte des esprits. Elle a traversé les siècles et s'inscrit toujours dans la société thaïe d'aujourd'hui. Comme un trait qui nous relie à un monde très ancien, le monde des esprits, un monde mystique.
C'est la beauté de ces dessins et de cette écriture qui m'a inspiré notre collection Hah Taew.
Les Sak Yant, une tradition ancienne
Sak signifie tatouer, littéralement piquer. Yant vient du sanskrit yantra, le diagramme sacré. Un yant condense des enseignements et des croyances en une forme qu'on peut porter sur soi : tracés géométriques, figures animales ou divines, chiffres, et surtout des lignes de prières.
Cette pratique est née d'une superposition. Avant le bouddhisme, les peuples de la région étaient animistes et pratiquaient le culte des esprits. Les croyances venues de l'Inde ont apporté un récit, des diagrammes et formules sacrées. Le bouddhisme theravada s'y est ajouté, sans effacer ce qui précédait. On retrouve ce mélange dans toute l'Asie du Sud-Est continentale : Thaïlande, Cambodge, Laos, Birmanie.
Pendant des siècles, les Sak Yant ont accompagné les guerriers. Ils devaient fortifier le corps et l'esprit, et permettre d'affronter la guerre sans crainte. Aujourd'hui, on les porte pour d'autres combats : réussir dans son travail, traverser une période difficile, garder confiance face à l'avenir.
Le khom, l'écriture des textes sacrés
Les prières des Sak Yant sont en pali, la langue des textes bouddhiques anciens. Elles s'écrivent en khom, un alphabet khmer ancien que les Thaïs ont longtemps réservé aux textes religieux et aux formules sacrées. Peu de gens le lisent encore. C'est aussi ce qui fait sa force et son mystère : une écriture qu'on reconnaît sans pouvoir la déchiffrer, transmise de maître à disciple, comme un savoir qui se mérite.
Le Hah Taew, les cinq lignes
Hah signifie cinq, taew la ligne ou la rangée. Le Hah Taew est l'un des Sak Yant les plus portés en Thaïlande : cinq lignes de prières en écriture khom, tatouées le plus souvent sur l'épaule ou à la base de la nuque.
On prête à chaque ligne un pouvoir propre : écarter l'injustice et les mauvais esprits, et protéger le lieu où l'on vit ; détourner la malchance et retourner le mauvais sort en bon ; protéger des sortilèges et de la magie noire ; attirer la chance et la réussite ; apporter le charme et la bienveillance d'autrui.
Il n'existe pas un seul Hah Taew. Chaque école, chaque maître a sa version : l'ordre des lignes, leur texte et leur nom varient. Certains y ajoutent un lotus, une lune, des diamants. C'est une tradition vivante, pas un modèle figé.
L'unalome, le chemin de l'esprit
Dans la tradition, l'unalome ouvre et ferme chaque yant. C'est une spirale qui se resserre, puis se déroule en une ligne droite tournée vers le haut. La spirale figure les détours de la vie, les attachements, les doutes. À mesure qu'on gagne en sagesse, elle se défait. La ligne droite qui la termine figure l'éveil.
Un rituel
Un Sak Yant est tracé par un moine ou un ajarn, un maître formé auprès d'un autre maître. Traditionnellement, il pique la peau avec une longue tige de bambou ou de métal, en récitant les prières que porte le dessin. Souvent, c'est lui qui choisit le yant et son emplacement.
C'est la bénédiction qui donne vie au yant. Sans elle, selon la tradition, le tatouage reste un simple dessin.
Le porteur s'engage aussi. Les règles varient d'un maître à l'autre ; pour le Hah Taew, la plus constante est de ne jamais frapper ni insulter ses parents. D'autres s'y ajoutent : ne pas prendre le conjoint d'un autre, respecter son maître. Celui qui manque à ses engagements, dit-on, perd la protection de son yant.
Chaque année, la force des yant se renouvelle. Lors du Wai Khru, « l'hommage au maître », les porteurs reviennent auprès de leur maître pour faire bénir à nouveau leurs tatouages. Le plus célèbre a lieu en mars au Wat Bang Phra, un temple de la province de Nakhon Pathom, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Bangkok. Des milliers de fidèles s'y rassemblent pour honorer la mémoire de Luang Phor Pern, ancien abbé du temple, mort en 2002.
Notre collection Hah Taew
Chaque pièce est réalisée à la main par nos artisan·es Karen, en argent massif. C'est leur savoir-faire, le poinçonnage et la patine, qui a donné corps à ces dessins.
Ces bijoux ne sont pas des Sak Yant. Ils n'ont pas été tracés par un maître, ni consacrés, et n'en portent pas les pouvoirs. Ils en gardent cependant le dessin, puissant et mystérieux, ainsi que le profond respect que nous portons à cette tradition.